Yaoundé : l’adressage vivement critiqué

« Oui allô! Tu es à quel niveau? Non, non je t’ai dit carrefour sous manguier!… oui sous-manguier. Quand tu arrives au niveau tu descends comme si tu allais à Essomba. Quand tu vas voir le bac à ordures tu prends l’entrée qui est juste en face. Oui!… Tu vois… il y a un portail bleu comme ça là… l’autre portail qui est à côté c’est là».Voilà une illustration typique des méthodes d’orientation par téléphone à Yaoundé au Cameroun.

L'adressage à Yaoundé est critiqué

La ville de Yaoundé dotée d’un nouvel adressage

Entre les « tu piques à gauche…», « tu piques à droite…», on n’en fini pas de voir de toutes les couleurs.

Pourtant, bientôt ces méthodes seront dépassées, remplacées par de plus novatrices. Pour ce processus, la communauté urbaine de la ville s’engage à attribuer des numéros de portes à chaque domicile en guise d’adresse. Pendant huit mois, des équipes de la municipalité vont éditer un plan de ville avec un guide d’adressage et une liste des rues. D’ailleurs, le processus est déjà lancé depuis un moment.

Certains quartiers ont désormais leur nom de rues, comme le quartier « sous-manguier » où se trouve la rue René Nkoulou. Peut-être pratique pour certains, mais d’autres y voient plutôt une perte de leur identité culturelle.

Loin d’avoir été attribué par fantaisie, certains noms traduisent soit un événement historique marquant, soit une personnalité ayant marqué les populations à un moment donné. Ainsi d’après l’histoire le quartier « coron » à Yaoundé vient  de monsieur R. C. Coron, propriétaire d’une vieille scierie, qui donne son nom ,selon la convenance populaire, à ce quartier où on assiste à la mort lente des enfants exposés à la sciure.

Le forestier français a procédé à un agrandissement de sa vieille scierie, ce qui crée des blocages des voies de canalisation d’eau et donc, la grogne des populations riveraines. Un autre cas est le quartier Etoa-Meki (la vallée du sang) à Yaoundé où un meneur de la rébellion contre l’autorité allemande, le nommé Onambélé Nku fut surpris dans un tronc d’arbre qui lui servait de cachette au quartier Ndjoungolo. Il fut décapité et sa tête sanglante fut rapportée aux blancs. Ce qui  révolta ses  partisans, qui organisèrent une marche dans le sens du suintement de sang, traduction approximative d’ « Etoa –Meki » en langue locale.D’autres moins prétentieuses comme « carrefour de la mort » à Yaoundé (désormais le carrefour de l’amitié), le carrefour « j’ai raté ma vie » ( haut lieu de prostitution à Yaoundé ) expliquent littéralement leur origine.

Attaché à leur culture et leurs habitudes, certains habitants ont donc du mal à s’y faire, même si apparemment c’est pour leur bien. En effet, à l’approche de la CAN féminine, cette méthode a été mise en place pour faciliter l’orientation des touristes et étrangers. Pourtant comme nous le savons il est très difficile pour les Camerounais de perdre leurs habitudes. Une opération de ce genre avait ainsi été lancé en 1994, mais sans grand succès. Renommer les domiciles est une chose, mais faire appliquer cette nomenclature en est une autre. Espérons de ce fait que cette nouvelle technique portera ses fruits.

Rédigé par Dona Belibi

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